Les adieux et les images

Nous nous sommes quittés. Peut-être nous retrouverons-nous ? Ou pas. En tout cas, tu as ouvert en mon corps des potentialités à nulle autre pareille. Mon corps a rayonné entre tes mains ; mon corps a chanté et s’est mû, ému de nos danses profondes, de nos ballets érotiques et sans fin. Corps en lutte, corps en joie, corps qui s’aiment et brillent dans l’excitation d’un instant ou d’une sensation. Clore les débats ? Clore les ébats ? Jamais ! Peut-être un jour ? Aujourd’hui ? Mon corps enlacé a veillé sur le tien, sur la saveur de ta peau et la mélodie de ton cou. Mon corps t’a quitté, toi qui t’éloignais déjà. En toi, j’ai réinventé mon corps.

*

Un corps différent invente le monde dans lequel il vit. Amoindri par une sexualité hors-normes ; par une morphologie que, de prime abord, on ne peut lire ; par la dépendance physique ou par ses incapacités notoires ? Peut-être bien, mais après ? N’est-ce pas le monde dans lequel il évolue qui, structuré d’une certaine façon, devient incapacitant pour ce corps-là ? Un corps différent transforme les cadres de pensées, s’approprie les pratiques, s’engageant dans des propositions alternatives de ce qui est déjà connu, cadré.

Prenons l’exemple du corps lesbien. Ne s’inscrivant pas dans des cadres connus, déjà écrits, le corps lesbien ne peut être lu que par la grille des fantasmes androcentrés et hétérocentrés et demeure, la plupart du temps, invisible aux yeux du monde, car insaisissable par les grilles de lecture habituelles. Pourtant, mille façons d’être, mille possibilités de jouir, mille inventions de corps et de sexualité, émergent hors des cadres de pensée dominants. Une infinité d’écritures autres et une infinité de façons d’expérimenter son corps, sa puissance, son plaisir, son rapport au corps de l’autre. Réinvention des corps et des sexualités. Réinvention du monde et des pratiques.

Le corps handicapé est vécu comme « indésirable » et qui plus est : « indésirant », n’étant pas autorisé dans l’imaginaire érotique ou seulement, sous certaines formes – négatives. Pendant longtemps, je me suis crue frappée d’incapacité érotique, d’inaptitude sexuelle, avec ce corps désirant, qui n’entrait dans aucun cadre. Mes mains ne pouvaient donner du plaisir. Mes doigts ne pouvaient pénétrer. J’ai appris à faire avec. J’ai appris à faire sans. J’ai usé d’autres parties de mon corps pour écrire ma propre histoire, pour établir un autre plaisir, un autre érotisme. J’ai appris qu’à mon tour, je pouvais créer des images dans le monde qui m’entoure ; et que mon corps pouvait s’échapper des cadres trop étriqués.

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