Corps dansants

Le corps handicapé est souvent associé à l’immobilité et à la passivité, isolé. Le corps handicapé a besoin des valides pour se mouvoir et pour exister, selon le sens commun. En dansant, j’affirme que je suis active. Même si j’ai une motricité différente des valides, cette motricité n’entrave rien – ou presque – ; et si elle entrave parfois, je m’en empare toujours pour faire autre chose avec. Je peux me construire sans eux, construire mes propres horizons, ma propre existence, ma propre identité. Je ne suis pas un corps triste et abattu ; je suis un corps joyeux, capable de se conquérir lui-même. Je n’existe pas à travers autrui et ses mouvements ; j’existe. J’ai reconstruit mon corps et réinventé ses images ; des images qui me conviennent. C’est une façon de dire : « Regardez, je ne suis pas qu’un corps faible, malhabile ; je peux être mille gestes et mille états ; mille émotions et mille sensations. Alors ne me réduisez pas à ce qui vous arrange de voir en moi. »

Par la danse, j’affirme mon corps. Je veux revendiquer sa présence, je dédis son absence. Je dédis un mal-être présupposé, une tristesse d’un esprit que l’on croit sans véritable corps. J’affirme ma complétude, qu’il ne convient de réduire à un simple aspect, à un oubli de ma peau, de mes membres, de mes sens. J’ai un corps ; ses logiques sont différentes, mais elles peuvent être belles, de cette beauté illogique et incohérente qui frappe, qui touche.
Par la danse, je comprends que mon corps n’est pas dur comme de la pierre, qu’il peut ne pas faire mal. Je peux être autre qu’une statue immobile, à la peau rocailleuse. Dans le mouvement, c’est un autre rapport au corps de l’autre qui se crée, différent de toutes les autres interactions sociales. C’est un respect du corps absolument dénué de crainte ou de répugnance. C’est beau. L’interaction de mains, de pieds, d’épaules, de dos, de jambes, entre eux. Distance sans aucune barrière. C’est sensuel, ce respect, cette amitié du corps.

3 commentaires sur “Corps dansants

  1. Bonjour,
    Merci pour tous ces articles intéressants, enrichissants, et qui donnent matière à réflexion dans de multiples domaines.
    Je me permets de réagir sur celui-ci car il m’a très fortement fait penser à l’exposition Corps Rebelles qui est passée au Musée des Confluences de Lyon : http://www.corpsrebelles.fr/
    Lorsque je l’avais visitée, la partie « danse vulnérable » en particulier m’avait accrochée, sur la multiplicité des possibles des corps et de leurs représentations. J’avais trouvé cela « vital », et c’est ce que je retrouve ici.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s